Les diamants de sang

Article | Publié le 25 septembre 2018 Parution originale dans  - Article Le Soleil , Février 2007

Jocelyne Rouleau
Jocelyne Rouleau
Gemmologiste Diamantaire

Le film Le diamant de sang fait actuellement jaser les bijoutiers, les critiques de cinéma et le grand public. Mais qu’est-ce qu’un diamant du sang? C’est un diamant vendu illégalement par des groupes rebelles pour financer les guerres civiles dans certains pays d’Afrique, tels la Sierra Leone, l’Angola, le Botswana, la République démocratique du Congo, etc.

Personne ne peut nier qu’au cours de la dernière décennie, des milliers de gens ont souffert. En revanche, force e st de constater qu’au cours du dernier siècle, les diamants ont été une source de revenu importante pour l’économie de plusieurs pays d’Afrique. Les compagnies minières ont contribué à la construction d’écoles, de routes, d’hôpitaux, de puits, de systèmes de filtration d’eau, etc.

Supportée par l’Assemblée des Nations Unies et par plusieurs organismes non gouvernementaux (ONG) impliquées, l’ industrie mondiale du diamants et de la bijouterie a pris ses responsabilités et s’est engagée par la mise en place du Processus de Kimberley. Ce système suit la trace des diamants bruts afin d’ empêcher l’infiltration des diamants de guerre dans le commerce légitime du diamant.

En 2002, une cinquantaine de pays, dont le Canada, ont adopté une législation interdisant l’importation ou l’exportation des diamants issus de sources non participantes au Processus de Kimberley. À ce jour, 68 pays y participent. Selon une estimation récente, des diamants du sang représentent maintenant moins de 1% du marché mondial grâce à ce système.

Acheter un diamant « propre »

Comme consommateur, comment pouvez-vous vous assurer que vous achetez un «diamant propre»? Consultez un expert dont l’éthique est irréprochable. Achetez un diamant canadien et exigez un certificat confirmant l’origine. Discutez avec votre bijoutier des précautions prises par ce dernier lors de ses achats de diamants. Achetez un diamant de succession produit et taillé avant les guerres civiles.

Voici un message d’espoir écrit le 7 juin 2006 par Festus Mogae, président du Botswana : « Pour notre peuple, chaque diamant acheté représente de la nourriture sur nos tables, des meilleures conditions de vie, de meilleurs soins de santé, de l’eau potable et sécuritaire à boire, des routes pour joindre les communautés éloignées, et bien plus encore… »

Bonne nouvelle : le 7 novembre 2006, en Angola, naissait l’Association des pays africains producteurs de diamants. L’objectif : contrôler cette ressource et permettre l’enrichissement des producteurs. À quand les diamants équitables? Actuellement, ils représentent le véritable défi pour les pays d’ Afrique concernés par cette lutte (www.pacweb.org).

Bien avant l’ébauche du scénario du film Le diamant de sang, l’alerte fut donnée par les ONG. Le monde occidental a été sensibilisé sur les problèmes reliés à la production des diamants et les efforts ont été multipliés pour que cessent les atrocités. Espérons qu’il aura aussi contribué à motiver les Africains à prendre de mieux en mieux leur destinée en mains (www.diamondfacts.org).